lundi 16 juillet 2007

Propositions pour un congrès


La section Universitaire de Lyon du PCF


Propositions pour le congrès extraordinaire du PCF


Examiner lucidement le mouvement du monde depuis 50 ans.

Jusqu’au milieu des années 70, tout donnait l’apparence d’une marche inexorable vers le (es) socialisme(s) et la libération des peuples, ou ce que l’on croyait tel :

- L’URSS, les pays de l’Est, la chine, la moitié du Vietnam, la Corée et Cuba avaient viré au rouge.

- En Afrique et au moyen Orient, de nombreux pays semblaient s’engager sur cette même voie et peut-être rattraper les pays développés : la Guinée, l’Algérie, le Congo, les ex-colonies portugaises, la Tanzanie, le Yémen, voire la Somalie, l’Ethiopie, Madagascar etc.

Les Etats-Unis venaient de subir une défaite historique au Vietnam, l’Europe capitaliste était en “crise“ et R Barre disait : il n’y a pas de crise à l’Est, le danger est si grand que cela débouche sur des situations intérieures explosives dans les pays occidentaux.

On constatait certes des rigidités et des insuffisances de libertés à l’Est, mais les communistes et mêmes les progressistes les attribuaient souvent aux circonstances : “ça finira par s’arranger, les dirigeants desserreront l’étau“.

En quelques années, les apparences se sont inversées du tout au tout : la Trilatérale, Mme Thatcher, Reagan et la fierté américaine retrouvée, “Vive la Crise“, la chute du Mur. En une décennie, le sens de l’histoire aurait changé de côté. Depuis lors, le bateau semble prendre l’eau de toutes parts : quand on bouche un trou, c’est un autre plus grand qui apparaît à côté.

Certes, il peut y avoir telle victoire locale ou partielle (l’Afrique du Sud) ou un cri de douleur défensif qui fait mouche (le “NON“), mais c’est le capitalisme nouveau qui est à l’initiative partout.

Bien sûr, depuis Seattle (1999), il y a les forums sociaux mondiaux, mais pour le moment ce ne sont que des lieux de discussion, c’est flou, ça ne débouche pas sur des projets à moyen ou long terme. Et aujourd’hui l’Amérique latine donne un espoir, mais est-ce un signe avant-coureur ou un simple épiphénomène ? En Europe, les gens vraiment de Gauche sont tétanisés, malgré tel ou tel résultat encourageant en Hollande ou à Brême : une hirondelle sur la mer du Nord ne se fait pas le printemps.

Quelques soient les configurations d’alliances de la gauche, des PS jusqu’à l’extrême gauche en passant par les verts, rien ne tient bien dans aucun pays d’Europe. Et en plus, il n’y a pratiquement aucune capacité de riposte unie, organisée à l’échelle de l’Europe et encore moins du monde : chacun fait ce qu’il peut dans son petit coin.

Les défaites électorales en France ne sont ni la seule affaire du PCF, ni celle de l’ensemble de la gauche française, mais un problème beaucoup plus profond que rencontrent non seulement tous les partis communistes (ou leurs métamorphoses) en Europe ou dans le monde, mais aussi tous les mouvements un peu combatifs se situant à gauche pour de vrai et non pour dire, à travers le monde : l’Amérique latine fait-elle exception ?

En conséquence, aborder le congrès essentiellement par les affaire d’alliances, de partis, de personnes, par des problèmes d’appareils, de choix tactiques (pompeusement appelés stratégies)… c’est condamner à ne rien comprendre, se ridiculiser et ridiculiser toute la gauche.

Propositions de méthode pour le congrès

1/ un vrai débat de fond

Il faut créer les conditions d’un vrai débat de fond, pour progresser, pour s’enrichir, pour déboucher ensemble. Toute attitude consistant à opposer des tendances, à se compter, à rejeter la “faute“ sur la tendance d’à côté est vouée à la stérilité. D’ailleurs, peut-on prétendre construire une société de fraternité en se détestant, comme ce fut souvent le cas dans les congrès précédents ?

2/ Ne pas esquiver les questions difficiles

Il faut cesser d’esquiver les questions difficiles, sous prétexte qu’on ne sait pas les résoudre. Il faut donc regarder les choses en face, y compris l’état du parti.

Certes, il n’est pas mort, il est peut-être moins mal en point que d’autres. Il n’est pas rejeté dans la population et même il attire une certaine sympathie, mais encore plus d’indifférence ; et il est surtout jugé d’abord comme un parti du passé. Il convient d’examiner la démographie interne du parti sans faux-fuyants : donner clairement les chiffres par tranches d’âges, sans les enfouir sous le verbiage.

C’est souvent un parti de 60 ans, malgré l’arrivée d’un certain nombre de jeunes.

Regarder en face l’évolution du nombre d’adhérents, des cellules, du rapport élus/adhérents, des actions, de la présence dans les quartiers populaires et dans les entreprises, la place des femmes.

Regarder en face l’effondrement théorique. L’abandon (justifié) d’une “philosophie officielle“ n’a-t-il pas débouché sur l’éclectisme et la navigation à vue ? Ceci dit sans rejeter la responsabilité sur telle ou telle équipe dirigeante, ni même sur toutes.

Et pourtant, il y a dans le Parti et dans ses alentours un foisonnement de recherches, mais celles-ci ne communiquent guère entre elles et n’ont qu’un rapport très lointain avec les décisions politiques et les actions, malgré les efforts de l’Humanité ; et souvent ses dirigeants, pris par les urgences ou par manque de goût pour la théorie, ne les lisent pas.

Bien entendu, il ne s’agit pas de s’arrêter aux constats, il faut en tirer des conclusions et prendre des mesures.

3/ Avec les jeunes et de façon ouverte

Il serait suicidaire de préparer le congrès en vase clos, pour toutes sortes de raisons dont la suivante : ce qui est en jeu c’est la vie des gens de demain et après demain. Il s’agit donc de créer un enthousiasme avec la jeunesse.

Il est hors de question que le débat se situe essentiellement autour des 50-60 ans, ce qui est pourtant l’esprit du Parti.

Certes, il faut respecter les statuts : seuls les cotisants ont le droit de vote, mais ils ont aussi le droit (et le devoir) de modestie et de lucidité, sinon on peut tirer une croix sur le Parti.

Nous proposons alors de préparer le congrès avec 100 000 jeunes (18-25 ans) non encartés (et aussi avec 100 000 autres non encartés de plus de 25 ans)

- Ce qui représente en gros 1000 par département,

- C’est moins de 2% de cette tranche d’âge,

- C’est moins d’un jeune par adhérent : quel adhérent ne peut pas discuter des grandes questions avec un ou deux jeunes de sa famille (petits-enfants, enfants, frères et sœurs, cousins…) ou ses amis ? il faut vraiment ne pas le vouloir pour ne pas y arriver.

Pas de subterfuges, pas de prétendus jeunes de quarante ans ! Pas de vague consultation formelle en vitesse pour s’en débarrasser et faire du chiffre.

Tous ces jeunes doivent être acteurs ; ceci demande de prendre des dispositions à tous les niveaux, y compris aux plus hauts, pour imaginer et mettre en place de nouveaux lieux, de nouvelles formes de débats,

Cela doit s'organiser et non être laisser à la spontanéité des adhérents,

On doit en particulier commencer dès juin dans les quartiers populaires,

On peut peut-être préparer quelque chose comme des états généraux de la jeunesse aux niveaux des départements, à coordonner intelligemment avec le congrès sans pour autant se disperser,

Les discutions doivent être liées à l'action (ex: contre la livraison de l'université au marché) il faut être prêt à un démarrage dès le 1ér septembre.

Ceci demande de prendre des dispositions à tous les niveaux, y compris les plus hauts, pour imaginer mettre en place de nouveaux lieux, de nouvelles formes de débats:

4/ Avec les autres pays

Le congrès ne doit pas se préparer non plus dans un vase hexago-hexagonal. Tous les combats politiques en France ont une dimension européenne, voire mondiale, presque toujours sous-estimée dans les faits. Il s'agit de déboucher sur un "Prolétaire de tous les pays, unissez-vous" d'un type nouveau.

Ce doit être une des priorités du congrès; Le patronat, les forces de coercition et de guerre, de la finance ont leurs structures européennes et mondiales de concertation et d'action. En face, c'est très faible, un parti comme le PGE a le mérite d'exister, mais pour le moment c'est un truc d'élite, une coquille presque vide, absolument pas populaire, ignorée des adhérents, absente de l'action autre que parlementaire européenne : il convient de lui donner une vraie vie.

Il faut construire des forces capables d'agir ensemble au niveau international, il faut cesser de rejouer mille fois le combat des Horaces et des Cuiraces du mauvais côté, d'où la nécessité de structures pérennes internationales (à déterminer); cela demande une réflexion approfondie, sinon ce sera un problème abstrait dans lequel on se noiera à cause de son caractère énorme et hétéroclite.

Il convient de créer des réseaux communistes européens ou mondiaux dans certains secteurs où c'est particulièrement nécessaire (Ex : Airbus, qui intéresse des travailleurs de nombreux pays. Autre ex : les universités se sont faites normaliser, marchandiser et soumettre pays par pays dans l'indifférence presque totale des autres, qui avaient été les mêmes victimes la veille ou le furent le lendemain.

Propositions sur le contenu

Il faut de l'audace sur les problèmes de fond, ne pas rester paralysés :

Entre ceux qui ont oublié le capitalisme et ceux qui en parlent tout le temps, mais dans l'abstrait

Entre ceux qui renoncent parce que "c'est trop dur", ceux qui s'accrochent aux méthodes du passé de peur de devoir imaginer, et ceux qui veulent du nouveau mais sans méthode, sans analyse, disons invertébrés

Entre ceux qui ne voient que du court terme et ceux qui agitent de grands mots révolutionnaires mais sans le moindre calendrier de réalisation

Entre la théorie sans l'action et l'action sans la théorie. Il ne s'agit donc pas de partir d'un texte traditionnel des congrès précédents et d'en changer ceci ou cela dans la marge.

1/ L'analyse du capitalisme mondial aujourd'hui

On est passé en 50 ans de la société du blé, du charbon et de l'acier, à tout autre chose ; quoi? qui crée la plue value et où va-t-elle?

La production de biens "matériels" a-t-elle toujours la même place?

La "révolution informationnelle" est-elle un changement fondamental ou une variante de plus? comment transforme t-elle le mouvement du capital?

La classe ouvrière a t-elle la même fonction qu'en 1900 ou en 1950? et les autres couches sociales qui sont-elles et peuvent-elles jouer un rôle non accessoire dans l'émancipation?

Comment apprécier les mouvements des capitaux et l'exploitation à l'échelle du monde, à celle d'une multinationale à capitaux flottants, et non seulement à l'échelle d'un pays ou d'une usine ?

Quelles positions prend on aujourd'hui par rapport à ce qu'étaient les grands acquis de Marx, de sa méthode, du souffle qu'il avait permis?

2/ L'avenir de la planète

Il y a des acquis sur les questions écologiques et d'environnement, dans la politique du Parti, mais ils sont peu connus y compris au sein du Parti lui-même

La réflexion n'en est qu'à ses débuts,

C'est tout autant un problème international que français,

Il faut prendre de front les grands problèmes : nucléaire, réchauffement climatique, mode de développement, notamment par des débats au sein du Parti, mais aussi avec les associations (un peu comme le forum de 2005, mais qu'on pourrait imaginer au niveau local).

3/ Projets à long terme

On ne fera pas autre chose que de "bricoler" si on ne place pas au centre de nos activités de dégager un ou des projets à long terme qui aient l'envergure de ceux des lumières, de ceux de Marx (et non se contenter de catalogues de revendications pour une législature).

4/ Traduction politique

Les clivages sociaux ne débouchent pas automatiquement sur des luttes politiques analogues, il convient d'approfondir le lien "base matérielle/superstructures.

Les politiques d'alliance doivent être liées intelligemment aux analyses de classe (…).

5/ La formation

La formation des communistes (et de leurs proches) ne doit plus rester un parent pauvre.

Il ne suffit pas d'une petite phase platonique perdue dans un texte de congrès, il faut prendre mesures concrètes. Est-il possible de promouvoir efficacement une politique, d'en construire ses évolutions, sans maitriser tant soit peu les aspects théoriques qui en sont au coeur?

Remarques de conclusion

Ces propositions sont faites sans prétentions, nous avons conscience qu'elles sont le fruit de réflexions d'amateurs. On en changera tout ce qu'on voudra, mais il nous a semblé qu'il fallait exprimer, même naïvement une aspiration forte pour décloisonner le Parti, la politique au sens étroit du terme, pour sortir de la routine, pour que chacun ouvre grand les fenêtres, pour que le Parti et plus généralement la gauche sincère, les gens qui veulent que ça change , cessent d'être plombés par 30 ans de défaites et de difficultés au point de ne plus oser sur le fond.

On nous dira qu'il y a plus de questions que de réponses , mais c'est exprès, c'est nécessaire pour lancer un congrès et nous n'avons aucunement l'intention de lancer un nouveau raiseau plus ou moins autonome, nous souhaitons au contraire la participation de tous au débat du congrès en tant que tel. Il doit y avoir des expériences de discussions lancées rapidement au niveau de quelques départements sans attendre un ou plusieurs projets globaux issus de la direction actuelle ou de groupements plus ou moins affinitaires déjà organisés.

LaSection Universitaire de Lyon du PCF.






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