Se tuer au travail… et payer son enterrement
On connaît la méthode chinoise qui consiste à faire payer au condamné à mort ou à sa famille le prix de la balle de son exécution. Elle a inspiré Sarkozy et Fillon qui ont décidé de faire payer aux victimes de maladies professionnelles le prix de leurs soins; venant après la mise en place des franchises qui pénalisent les malades, ces nouvelles mesures antisociales provoquent l'ire d'une grande partie de l'opinion.
Selon un rapport de l'Institut national d'études démographiques, presque 70% de l'ensemble des maladies professionnelles seraient "invisibles", c'est-à-dire non déclarées. Et pourtant, ce même rapport dénombre pas moins de 41 347 nouveaux cas de maladies professionnelles reconnus en 2005, et les professionnels estiment le coût des accidents du travail et maladies professionnelles à 20% des dépenses globales de santé dans notre pays. "Depuis un siècle, le sous-enregistrement (de ces maladies) est au coeur des difficultés que recontre la politique de santé au travail en france", écrit l'auteur du rapport (1). Résultat des pressions des employeurs ou de la sous-estimation du risque, cette "invisibilité" est au coeur de la mobolisation des associations de victimes du 13 octobre. "Nous organisons une manifestation chaque année à la même époque pour réclamer des réparations décentes. Et cela direra jusqu'à ce qu'on obtienne un procès pénal de l'amiante, explique François Desriaux, responsable de l'Association nationale des victimes de l'amiante (ANDEVA). On en profite aussi pour rappeler que la dégradation des conditions de travail est continue et pour dire que la prévention et la réparation sont encore largement insuffisantes".
Dégradation que tous constatent, mais face à laquelle de nombreux acteurs se disent impuissants. "C'est parce que nous agissions pour l'amélioration des conditions de travail, parce que nous alertions que nous avons été attaqués, critiqués, empêchés dans notre indépendance professionnelle", déplore un collectif de médecins du travail, auteur d'un rapport dans lequel il posait un constat sans appel de la situation; "Si on ne freine pas les logiques de profits et les logiques gestionnaires, tous les préventeurs ne pourront qu'être inefficaces", écrivaient-ils.
Changer de logiques, ce n'est pas pourtant pas vraiment au menu du pouvoir en place. "Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008 exclut encore nos associations de la gouvernance sur les accidents du travail et maladies professionnelles, regrette Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fédération des accidentés du travail et des handicapés (FNATH). Pis, il est envisagé d'en confier la présidence au MEDEF…";
Une orientation qui a d'ailleurs permis qu'associations et syndicats trouvent convergences : "L'éfficacité économique, ce n'est pas de mettre les salariés en souffrance, témoigne Jean-François Naton, administrateur (CGT) de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés. En ce sens, le monde du travail souffre d'une forme de dictature du patronat, qui prône le dialogue social dans les ministères mais refuse tiut accord localement pour améliorer concrètement les conditions de travail et les moyens de contrôle." Il en est ainsi de l'article 55 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoit le plafonnement de la rente due aux salariés victimes de l'amiante. "le patronat s'est apperçu que ce désastre sanitaire commence à lui coûter très cher", analyse Isabelle Lorand, responsable des questions de santé pour le PCF. La mise en place de franchises médicales sur l'achat de médicaments et sur les transports ambulanciers n'est donc que la goutte qui fait déborder le vase. Mais aussi l'évènement qui permet que syndicats et collectif d'associations se joingnent au rendez-vous fixé par la FNATH et l'ANDEVA, le 13 octobre.
"Les victimes du travail ont droit à la gratuité des soins au titre du préjudice. Or cette nouvelle franchise met en cause ce droit", explique Arnaud de Broca. Un constat qui va, selon Isabelle Lorand, à l'encotre des discours gouvernementaux : "On fait croire aux gens qu'en usant des heures supplémentaires, et donc en s'usant la santé, ils vont gagner plus. Mais avec, par exemple, l'augmentation continue des dépenses de santé, le pouvoir d'achat des salariés ne fait que baisser". Les manifestants du 13 octobre mettent donc en lumière ce point "invisible" de la politique de santé qu'est la santé au travail et pointent les responsabilités : "Sur les troubles musculo-squelettiques, le gouvernement propose une campagne d'information, rappelle François Desriaux. Cela peut être une réponse valable pour les accidents de la route, mais, pour le travail… qu'est-ce que ça va changer pour les gens qui sont dans les abattoirs de dindes et à qui on demende toujours plus de productivité?"
Vincent Bordas
vbordas@humadimanche.fr
(1) Paul-André Rosental "Avant l'amiante, la silicose. Mourir de maladies professionnelles dans la France du XXème siècle".
Selon un rapport de l'Institut national d'études démographiques, presque 70% de l'ensemble des maladies professionnelles seraient "invisibles", c'est-à-dire non déclarées. Et pourtant, ce même rapport dénombre pas moins de 41 347 nouveaux cas de maladies professionnelles reconnus en 2005, et les professionnels estiment le coût des accidents du travail et maladies professionnelles à 20% des dépenses globales de santé dans notre pays. "Depuis un siècle, le sous-enregistrement (de ces maladies) est au coeur des difficultés que recontre la politique de santé au travail en france", écrit l'auteur du rapport (1). Résultat des pressions des employeurs ou de la sous-estimation du risque, cette "invisibilité" est au coeur de la mobolisation des associations de victimes du 13 octobre. "Nous organisons une manifestation chaque année à la même époque pour réclamer des réparations décentes. Et cela direra jusqu'à ce qu'on obtienne un procès pénal de l'amiante, explique François Desriaux, responsable de l'Association nationale des victimes de l'amiante (ANDEVA). On en profite aussi pour rappeler que la dégradation des conditions de travail est continue et pour dire que la prévention et la réparation sont encore largement insuffisantes".
Dégradation que tous constatent, mais face à laquelle de nombreux acteurs se disent impuissants. "C'est parce que nous agissions pour l'amélioration des conditions de travail, parce que nous alertions que nous avons été attaqués, critiqués, empêchés dans notre indépendance professionnelle", déplore un collectif de médecins du travail, auteur d'un rapport dans lequel il posait un constat sans appel de la situation; "Si on ne freine pas les logiques de profits et les logiques gestionnaires, tous les préventeurs ne pourront qu'être inefficaces", écrivaient-ils.
Changer de logiques, ce n'est pas pourtant pas vraiment au menu du pouvoir en place. "Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008 exclut encore nos associations de la gouvernance sur les accidents du travail et maladies professionnelles, regrette Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fédération des accidentés du travail et des handicapés (FNATH). Pis, il est envisagé d'en confier la présidence au MEDEF…";
Une orientation qui a d'ailleurs permis qu'associations et syndicats trouvent convergences : "L'éfficacité économique, ce n'est pas de mettre les salariés en souffrance, témoigne Jean-François Naton, administrateur (CGT) de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés. En ce sens, le monde du travail souffre d'une forme de dictature du patronat, qui prône le dialogue social dans les ministères mais refuse tiut accord localement pour améliorer concrètement les conditions de travail et les moyens de contrôle." Il en est ainsi de l'article 55 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoit le plafonnement de la rente due aux salariés victimes de l'amiante. "le patronat s'est apperçu que ce désastre sanitaire commence à lui coûter très cher", analyse Isabelle Lorand, responsable des questions de santé pour le PCF. La mise en place de franchises médicales sur l'achat de médicaments et sur les transports ambulanciers n'est donc que la goutte qui fait déborder le vase. Mais aussi l'évènement qui permet que syndicats et collectif d'associations se joingnent au rendez-vous fixé par la FNATH et l'ANDEVA, le 13 octobre.
"Les victimes du travail ont droit à la gratuité des soins au titre du préjudice. Or cette nouvelle franchise met en cause ce droit", explique Arnaud de Broca. Un constat qui va, selon Isabelle Lorand, à l'encotre des discours gouvernementaux : "On fait croire aux gens qu'en usant des heures supplémentaires, et donc en s'usant la santé, ils vont gagner plus. Mais avec, par exemple, l'augmentation continue des dépenses de santé, le pouvoir d'achat des salariés ne fait que baisser". Les manifestants du 13 octobre mettent donc en lumière ce point "invisible" de la politique de santé qu'est la santé au travail et pointent les responsabilités : "Sur les troubles musculo-squelettiques, le gouvernement propose une campagne d'information, rappelle François Desriaux. Cela peut être une réponse valable pour les accidents de la route, mais, pour le travail… qu'est-ce que ça va changer pour les gens qui sont dans les abattoirs de dindes et à qui on demende toujours plus de productivité?"
Vincent Bordas
vbordas@humadimanche.fr
(1) Paul-André Rosental "Avant l'amiante, la silicose. Mourir de maladies professionnelles dans la France du XXème siècle".

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