jeudi 8 novembre 2007

Le dialogue social, c'est moi


La France, cimetière des droits syndicaux?





"Non négociable" : telle est la méthode de Nicolas Sarkozy. Face au patronat et au gouvernement décidés à mettre en pièces le contrat social, les syndicats et leurs représentants se voient nier leurs droits d'intervention. Quand ce n'est pas par la calomnie, la division, voire la répression, c'est par le mépris que sont traitées les revendications des salariés. Jusqu'à quand ?

Il est parfois du dialogue social comme du respect de l'environnement : les grands groupes capitalistes en ont plein la bouche, tant que ça ne leur coûte pas un sous. Prenez ce dirigeant, "directeur du dialogue dans l'entreprise et de l'environnement du travail" (!) chez Générali France.
Après plusieurs mois de grèves et de revendications des salariés du groupe d'assurances pour des augmentations de salaires, il a trouvé le moyen de dénoncer "l'appartement de convenance" dont le délégué FO dispose, pour un loyer qui n'est plus conforme aux prix actuels de l'immobilier ! Hasard ? Ce salarié, dont les avantages sont ainsi montrés du doigt, dénonçait clairement les objectifs de Générali France : "la direction veut discuter d'un système de récompense de la performance individuelle (dont) on connait le résultat : stress, épuisement au travail, division des salariés. Nous voulons préserver le principe des augmentations collectives", conclait-il.
(1) Des propos qui ont sans doute froissé le PDG de Générali, Antoine Bernhein. L'homme d'affaires était de la fête au restaurant le Fouquet's, le 6 mai 2007, jour de la victoire de son "ami" Nicolas Sarkozy, et a été par lui décoré de la Légion d'honneur le 22 octobre. "Il fait des profits et a aussi servi la France", a justifié le président de la République. Un patron comme Nicolas Sarkozy les aime, donc: adepte du salaire au mérite et dont on se doute que les équipes dirigeantes n'hésiteront pas à salir et diviser les syndicats pour arriver à leurs fins. Pour les patrons de ce type, s'il y a une seule loi qui doit régir le "dialogue social", c'est la leur.
"L'Etat au XXème siècle a réalisé un hold-up sur le social et a laissé se développer l'idée que le progrès social ne peut-être octroyé que par des hommes d'état (…).
Simultanément, les syndicats vont en tirer un avantage, et laisser se développer une autre idée, que seule la lutte sociale engendre le progrès social, c'est nous, ce sont les entrepreneurs", expliquait en 2005 Raymond Vidil, dirigeant du MEDEF.
"Le dialogue social, c'est moi", dit aujourd'hui Nicolas Sarkozy aux cheminots, aux électriciens et aux salariés de la fonction publique. Avec ses "principes non négociables", ses effets d'annonce et cette manière de considérer comme discutables les seuls points qu'il a mis à l'ordre du jour, le président de la République se comporte comme ces patrons du groupe de transports DHL.
En grève pendant près de 15 jours, les salariés de cette entreprise, qui réclament la négociation d'un plan social, n'ont eu pour seule réponse qu'une assignation devant le tribunal de grande instance et une tentative de remplacement des grévistes sur leurs postes par des non-grévistes. Sourde oreille et passage en force. C'est bien aussi la tactique employée face aux salariés concernés par la réforme des régimes spéciaux. Passage à 40 puis à 41 ans de cotisation, décote pour ceux qui n'auraient pas atteint ce niveau de cotisation, indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires, la "triple peine" dénoncée, entre autres, par la CGT n'est en effet pas en péril dans "l'examen" que le ministre doit faire des propositions des syndicats. Ce faisant, il passe outre l'opposition des salariés concernés (75% des cheminots étaient en grève contre ces "principes" le 18 octobre), mais ignore aussi les alternatives existantes à sa réforme, comme celle exprimée par la CGT mines énergie d'une prise en compte des périodes d'études, de stages, de formation, d'apprentissage dans le calcul de la durée de cotisation. Reste à espérer que les fédérations syndicales comme la CFDT ne tombent pas (encore une fois) dans ce grotesque piège.
Car ce qu'il y a à perdre pour les salariés et leurs droits n'est pas mince. Alors que les directions d'entreprises, comme chez Dunlop Goodyear cherchent à tout prix le cout-circuitage des syndicats, un pouvoir politique qui choisit ses interlocuteurs en fonction de leur aptitude à négocier est dangereux. A Bordeaux, le président de la République a bien choisi les internes en médecine qu'il allait rencontere, pour éviter d'avoir à faire à ceux qui, représentants élus, avaient plus de poids dans la contestation. En Corse, il a interdit la manifestation prévue par les centrales CGT, CFDT et FSU.
Ce pouvoir est tellement attaché au "dialogue social" qu'il a fait de l'attaque contre le droit de grève une priorité, via une loi sur le service minimum dans les transports. Une loi que, suite à la grève chez Air France, il voudrait d'ailleurs bien élargir aux transports aériens. Et ensuite ?.

Vincent Bordas (Humanité Dimanche du 8/11/2007)







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