lundi 26 novembre 2007

Se soigner bientôt un luxe. (mise à jour 21/12/2007)


A Marseille
, le secteur privé se taille la part du lion. Voici comment…
Les hôpitaux de Marseille, réputés pour leurs compétences et leurs services de pointe, voient depuis un quinzaine d'années des activités rentables et des praticiens de haut niveau s'en aller vers le secteur à but lucratif. Le personnel restant et les malades font les frais de cette dérive. (Jacqueline De Grandmaison HD 22/11/2007)
Daniel G, 70 ans, était atteint d'une pathologie de la rétine nécessitant une intervention chirurgicale assez délicate. Renseignements pris auprès de deux ophtalmologues, on lui conseille de s'adresser à un médecin sensé être "le plus expérimenté" de Marseille en la matière.
Ancien hospitalier, celui-ci exerce maintenant dans une clinique privée appartenant à la Générale de santé. Daniel va suivre ces conseils et sera opéré dans cet établissement. l'opération est une réussite, mais il devra débourser de sa poche 500 euros de dépassement d'honoraires, et faire l'avance à chaque consultation car l'informe la secrétaire, "ici on ne prend pas la carte Vitale mais la carte bleue". De plus, il doit arriver le matin même de son intervention et repartir le lendemain. Et l'ordonnance de soins postopératoires ne lui sera remise que lorsqu'un membre de sa famille viendra payer le dépassement demandé pour l'intervention…
Malgré tout, avec sa retraite modeste mais correcte, il ne s'estime pas le plus malheureux : dans la salle d'attente où il aura passé des heures pour être reçu en consultation avant son hospitalisation, il a eu le temps d'entendre d'autres patients confier les difficultés qu'ils ont eues pour réunir les sommes demandées en supplément, au prix de sacrifices ou en demandant à leurs proches de les aider.
C'est un exemple parmi tant d'autres de ce qui se passe actuellement à Marseille, comme dans d'autres villes de France : certaines spécialités chirurgicales ont été trustées par le secteur hospitalier privé à but lucratif, attirant peu à peu des praticiens ayant acquis expérience et notoriété dans les hôpitaux publics. Motivés par le désir de mieux gagner leur vie, et (ou) celui de travailler dans des conditions plus confortables et moins contraignantes, ils quittent l'hôpital pour exercer dans des cliniques qui ont besoin de leurs compétences. C'est le cas de Marseille, en particulier pour l'ophtalmologie, l'orthopédie - aux-quelles la Générale de santé consacre un pôle chirurgie ou encore la chirurgie cardiaque.
Certes le poids des cliniques privées dans cette ville ne date pas d'aujourd'hui. Dans les années 1950-1960 nombre d'établissements, généralement de petite taille, ont été créés notamment par des chirurgiens et des médecins qui voulaient se doter d'un outil de travail alors que le "plein temps hospitalier " n'existait pas encore.
Au cours des années 1980, l'évolution des techniques médicales a obligé les cliniques à s'équiper de plateaux de plus en plus sophistiqués. Des investissements qui appelaient un nombres suffisant de lits pour les rentabiliser, donc des rachats, des regroupements d'établissements. C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'en 1989 on a pu parler dans les médias de "guerre des cliniques", à partir d'un fait divers marseillais sanglant. Dans le même temps, les médecins qui avaient créé leur structure pour y exercer arrivaient à l'âge de la retraite et leurs jeunes confrères n'avaient plus les moyens, l'investissement étant devenu trop onéreux, de racheter ces établissements.
C'est alors que de grands groupes ont commencé à montrer le bout de leur nez, puis ont peu à peu investi ce créneau porteur. A Marseille, les fleurons du secteur privé à but lucratif -les cliniques du Parc ou Clairval - mais aussi les cliniques Monticelli et Beauregard sont tombées dans escarcelle de la Générale de santé au cours des quinze dernières années.
Le secteur privé possède actuellement environs 50% des lits d'hospitalisation de la ville et, dès 1998, l'offre en chirurgie à Marseille et dans le sud des Bouches du Rhône, était près de deux fois plus forte dans le privé que dans le public. Une offre ciblée : les cliniques commerciales ont peu à peu abandonné les activités jugées insuffisamment rentables, comme la gynécologie obstétrique par exemple, pour privilégier des spécialités chirurgicales lucratives, le plus souvent programmées et ne nécessitant pas d'hospitalisations longues.
Les hôpitaux marseillais ont donc subi à la fois la fuite d'une grande partie de ces activités, tout en conservant et voyant même refluer les activités lourdes et coûteuses, les malades très âgés et souffrant de polypathologies, les enfants atteints de maladies graves. D'où une aggravation de leurs difficultés financières, alors que les budgets ne suivent pas et que la tarification à l'activité bénéficie au secteur commercial (1). Pour 2008, l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) présente un déficit prévisionnel de 910 millions d'euros (2).
Par ailleurs, ce service public va déserter les quartiers Sud de Marseille - avec l'abandon programmé des services actifs de l'hôpital Sainte Margurite, laissnt ainsi la voie libre aux cliniques de la Générale santé qui y sont implantées.
Le plan hôpital 200/-20012 en Provence Côte d'Azur "soigne" de son côté le secteur privé : sur 30 opérations de plus de cinq millions d'euros d'investissement, 17 concernent le public et 13 le privé ou des pôles public-privé, comme celui de Saint Tropez où la Générale de santé a raflé toute la chirurgie. Or le financement de ces investissements doit être assuré pour 50% par l'assurance maladie !
Autrement dit, les assurés sociaux contribuent à financer des investissements privés, qui vont eux-mêmes contribuer au développement et à l'enrichissement de groupes où leur sont demandés des suppléments d'honoraires. Et qui, en participant à l'appauvrissement de l'hôpital public, limitent leur libre choix.

(1) Lire à ce sujet l'étude publiée par la Fédération hospitalière de France.
"Hôpitaux publics et cliniques privées : une convergence tarifaire faussée"
(2) Rapport préliminaire à l'état des recettes et des dépenses 2008, présenté par la direction générale de l'AP-HM.

*Joyeux Noël, chers actionnaires
Générale de santé s’apprête à distribuer un dividende exceptionnel de 420 millions d’euros. Et des miettes à ses soignants.
Noël est en avance cette année pour les actionnaires de Générale de santé. Le Blog antilibéral



Les loups de la finance dévorant la santé



*Rachats de cliniques Vitalia vise Keraudren

Les loups de la finance dévorant la santé
27 mars 2007 - 00:00

Le rachat de neuf cliniques en Lorraine, Champagne-Ardennes, Ile-de-France et Gers, par Vitalia, un groupe contrôlé par Blackstone, l’un des plus gros fonds d’investissement américains, a réveillé les craintes des professionnels de la santé sur une possible mainmise des financiers sur ce secteur d’excellence en France. Lire


Aucun commentaire:

Powered By Blogger