vendredi 28 décembre 2007

Liberté de la presse



Médias télé

Les journalistes en ligne de mire

Sale temps pour les journalistes : ces derniers temps, plusieurs reporters ont été soit arrêtés soit pris en otage. Ainsi, le 16 décembre dernier, le journaliste indépendant Gwen Le Gouil, parti pour effectuer un reportage sur le trafic d’émigrants traversant le golfe d’Aden pour rejoindre le Yémen, a été arrêté par des miliciens au lendemain de son arrivée dans le port autonome de Bosasso, la capitale économique de la région semi-autonome du Puntland, en Somalie.

Atteinte à la sûreté de l’état

Le lendemain, c’était au tour de Pierre Creisson et Thomas Dandois, reporters de l’agence Camicas Productions, partis au Niger pour le compte d’Arte afin d’y réaliser un reportage sur la rébellion touareg dans le nord du pays, de se faire interpeller et inculper pour « atteinte à la sûreté de l’État », risquant la peine de mort parce qu’ils sont entrés dans le pays sans autorisation. Et de rejoindre le correspondant au Niger de RFI, Moussa Kaka, et Ibrahim Diallo, directeur du bimensuel Aïr Info, engeôlés depuis trois mois pour des raisons similaires. Enfin, dans la nuit de lundi à mardi, ce sont deux journalistes de France 24 qui se sont fait arrêter à Ratgama, au Sri Lanka, alors qu’ils filmaient une famille tamoule rendant visite à leurs proches dans un centre de détention, accusés d’avoir filmé un point de contrôle militaire.

Hier, alors que le SNJ-CGT a réitéré sa demande de libération des journalistes, les choses se sont en partie débloquées. Après Gwen Le Gouil, libéré lundi après avoir été retenu en otage huit jours, hier, le Quai-d’Orsay a annoncé la libération de la journaliste et du cameraman de France 24 qui ont été, d’après Reporters sans frontières (RSF), interrogés par la police antiterroriste sri-lankaise au motif d’avoir attenté à la « sécurité nationale », ayant eu l’outrecuidance de ne pas s’être enregistrés auprès des services de presse du ministère des Affaires étrangères.

Reste que nos confrères au Niger, malgré la mobilisation de leurs familles, de leurs collègues, de RSF et de la CGT, sont toujours en prison : « Nous avons pu les contacter par téléphone et, apparemment, ils sont bien traités, nous a expliqué Marc Dandois, le frère de Thomas. Malheureusement, il semble que la procédure judiciaire soit enclenchée, l’instruction pouvant, à elle seule, prendre jusqu’à trente mois. » Et dixit l’un des collègues des journalistes, « il y a peu de chance pour que cela se débloque rapidement. Parce que, d’une part, il y a la question des intérêts français au Niger. Et d’autre part, on sent que l’affaire de l’Arche de Zoé a laissé des traces. D’ailleurs, on ne reproche rien aux autorités du Niger. Mais ce qu’ont fait Pierre et Thomas, c’est un délit, ce n’est pas un crime. D’autant qu’il faut savoir que, si l’on veut vraiment faire son boulot de journaliste à l’étranger, comme en Tchétchénie, par exemple, on ne peut jamais dire explicitement ce que l’on est venu faire. Sinon, c’est tout bonnement impossible. »

Vigilance et prudence

Comme nous l’a expliqué un journaliste de RFI : « Dans ce genre d’affaires, on essaye de parer au plus pressé, en faisant jouer les solidarités, en contactant les autorités sur place et celles en France. Mais, comme toujours, la prudence est de mise. Ne serait-ce que sur ce que l’on peut dire ou ne pas dire. » Une prudence redoublée quand on sait que la radio internationale tente d’envoyer l’un de ses responsables sur place… *Sébastien Homer l’Humanité du 27/12/2007.



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